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19H69, Titre Provisoire

19H69 est une pièce absurde et burlesque, de Nicolas Fumo, traitant de la convoitise sur fond de douce satire des comportements humains en société.
http://www.lulu.com/content/351939


pages 41-47 :

Deux autres badauds entrent sur scène ; arrivés au milieu du plateau ils se saluent.

BADAUD 1 –
Bonjour, madame.

BADAUD 2 –
Bonjour.

BADAUD 1 – cigare à la main
Auriez-vous du feu, par hasard ?

Le badaud 2 fouille dans ses poches pendant ce temps Eschyle, Parméline et Cartanège sortent en même temps un zippo, un briquet et des allumettes qu’ils tendent à bout de bras au badaud 1 tout en restant assis à leur place.

BADAUD 2 –
Non, désolée, je n’ai pas mon briquet sur moi.

BADAUD 1 –
Cela ne fait rien. Merci quand même.

BADAUD 2 –
Bonne journée.

BADAUD 1 –
Merci, à vous aussi.

Ils se saluent et sortent.
Les trois personnages restent encore quelques secondes le bras tendu puis ils rangent leurs objets en canon de droite à gauche.
PARMELINE – sourcils froncés

Cela vient de moi ou ces gens ne nous voient pas ?

ESCHYLE –
J’ai bel et bien l’impression qu’ils ne nous voient ni nous entendent…

CARTANEGE – inquiet
Pourquoi ?

ESCHYLE –
Vous en avez de bonnes vous ! Posez plutôt des questions simples comme : « Quelles sont les caractéristiques chimiques du vanadium ? » par exemple !

Cartanège fixe Eschyle interloqué.

PARMELINE – détachée
Elément métallique numéro 23 de la table de Mendeleïev ; masse atomique 50,94 ; point de fusion 1890 degrés Celsius ; point d’ébullition 3380 degrés Celsius ; masse volumique 6,1g/cm cube…

Cartanège regarde Parméline, étonné ; Eschyle sourit.

Un temps.

Un nouveau badaud entre en scène, coté cour. Il fume la pipe. Les trois personnages le regardent ; intrigués. Le badaud pose son chapeau sur le coffret et fait quelques pas sur le plateau en fumant sa pipe. Les trois personnages toussent, incommodés par la fumée. Le badaud consulte sa montre à gousset. Cartanège, curieux, va tourner autours de l’homme qui ne bouge maintenant plus. Il fait des signes devant ses yeux, tape des mains, miaule et aboie quelques instants dans ses oreilles. Déçu par le manque de réaction du badaud il retourne à sa place.

CARTANEGE – déçu
Rien… Rien de rien…

ESCHYLE – se levant à son tour
Etrange…

Arrivé à hauteur du badaud, il l’observe, curieux. Puis, après avoir hésité, il pose un doigt sur son bras. Il l’enlève aussitôt ; craintif, et le repose ; amusé.

ESCHYLE – amusé
Quelle drôle de sensation, venez voir !

Cartanège ne bouge pas. Parméline rejoint Eschyle et l’imite.

PARMELINE – négligemment en retournant s’asseoir alors qu’Eschyle continue son jeu

Bah, il n’y a rien de formidable, ce n’est que de l’électricité statique, rien de plus.

ESCHYLE – fier, continuant
Excusez-moi de m’émerveiller pour des choses qui vous semblent évidentes, madame !

Entre alors une femme coté jardin. L’homme la rejoint, ils se saluent et sortent coté jardin.

ESCHYLE – voyant le chapeau laissé sur le coffret

Il a oublié son couvre-chef !

Eschyle va ouvrir la porte coté jardin puis la referme, dépité.


ESCHYLE –
Ils sont déjà loin…

Eschyle entreprend alors d’examiner le chapeau sous toutes ses coutures, puis le pose sur sa tête. Il arbore un air fier et un sourire satisfait et fait quelques pas d’une démarche altière. Soudain il se fige, se crispe et grimace de douleur. Il se saisit du chapeau avec violence et le jette au loin.

ESCHYLE – essoufflé et étonné
Le chapeau ! Il m’a électrocuté !

CARTANEGE – mauvais
L’électricité statique a gagné en intensité apparemment !

Renfrogné, Eschyle retourne à sa place.

Silence.

CARTANEGE – à nouveau comme un enquêteur
Pour en revenir à ce qui est notre affaire, il semblerait que chacun de nous trois aimerait posséder ce coffret et l’objet qu’il contient…

PARMELINE et ESCHYLE –
Oh, oui… (ils sourient tout deux avec avidité)

CARTANEGE –
Voilà qui est problématique. Nous sommes trois et il n’y a qu’un seul coffret ne contenant qu’un seul contenu… Il faut donc que l’un de nous reparte les mains vides. (A Eschyle ; sentencieux, pointant Eschyle du doigt dans un geste large du bras) Et cette personne ce sera vous, Eschyle !

ESCHYLE – indigné
Moi ? Mais enfin, pourquoi ?

CARTANEGE –
Hé bien, regardez vos vêtements, on ne peut pas dire que vous soyez dans le besoin, vous !

ESCHYLE – protestant
Mais dites donc, ce sont vos vêtements que je porte ; on les a échangé tout les deux, vous ne vous en souvenez pas ?

CARTANEGE –
Si. Si, si, bien sûr que je m’en souviens ! Mais peu importe, maintenant ils vous appartiennent et font partie de vous. Ils font office de signe extérieur d’une richesse évidente. (les yeux plissés, suspicieux) Vous devez être bien riche, non ?

ESCHYLE – révolté
Mais pas du tout, je ne possède rien à part ces loques que je vous ai échangées tout à l’heure !

PARMELINE – ferme et solennelle
Navrée, Eschyle, mais l’argument de l’échange de vêtements n’est pas recevable. Objection rejetée !

ESCHYLE –
Et pourquoi cela ?

PARMELINE et CARTANEGE – en chœur, hautains
Parce que telle est notre volonté!

ESCHYLE – Vaincu par l’argument
Oh… Et bien, d’accord… il aurait fallu le dire tout de suite…

PARMELINE – satisfaite et soudain légère
Voilà une bonne chose de faite !

CARTANEGE –
Reste maintenant à nous départager, vous et moi, pour savoir qui aura le coffret et qui aura le contenu…

PARMELINE – courtoise et polie
Bien, dans ce cas j’accepte de prendre le contenu !

CARTANEGE – courtois et poli
Parfais, j’accepte donc de bon cœur de recevoir le contenu !

PARMELINE – courtoise et polie
Alors je vais plutôt opter pour le coffret !

CARTANEGE – courtois et poli
Merci bien, madame, je repartirais donc avec le coffret !

ESCHYLE – intervenant
Mais non, enfin, mais ça ne va pas du tout ! Vous n’y arriverez jamais comme ça !

PARMELINE et CARTANEGE –
Quoi donc ?


ESCHYLE –
A vous départager !

PARMELINE et CARTANEGE –
Oh…

ESCHYLE – regardant un instant Parméline et Cartanège

Je sais ! échangez vos vêtements ! Puisque le contenu est mieux que le coffret, il reviendra à celui qui porte le mieux les vêtements de femme… (Cartanège et Parméline échangent leurs habits calmement et assez lentement sous l’œil indifférent et professionnel de Eschyle) Et bien, cela ne fait aucun doute ; c’est Cartanège qui gagne !

PARMELINE – applaudissant, sincère et heureuse

Bravo, bravo, bravo !

CARTANEGE – modestement
Merci (il sert la main de Parméline)

ESCHYLE – ouvrant le couvercle du coffret
Vous pouvez récupérer votre prix, Cartanège, et encore bravo (les deux hommes se serrent la main).

Souriant, Cartanège plonge sa main dans le coffret pour en récupérer le contenu mais il fait un bond en arrière en poussant un cri de douleur.

CARTANEGE –
Je ne peux pas prendre l’objet ; il est brûlant !

ESCHYLE – déçu
Ah, eh bien, il semblerait que nous soyons revenus au point de départ


pages 55-61 :



CARTANEGE –
Les idées que j’ai en ce moment n’ont aucun rapport avec le sujet qui nous occupe…

PARMELINE –
Alors pourquoi nous avoir dit que vous aviez des idées ?

CARTANEGE –
Parce que vous me l’avez demandé…

PARMELINE –
Mais vos idées ne nous concernent pas !

CARTANEGE – borné
Vous n’aviez qu’à préciser votre question…

ESCHYLE –
Il n’a pas tort. (silence) Et puis, les idées, vous savez, elles vont, elles viennent, elles se reproduisent entre elles pour donner une nouvelle nuance à la pensée et tout cela se passe en un rien de temps … alors pour saisir l’idée première lorsqu’elle arrive, je ne sais pas vous, mais moi je n’y arrive pas…

CARTANEGE – à Parméline
Vous avez compris quelque chose ?

PARMELINE – à Cartanège
Rien du tout, et vous ?

CARTANEGE –
Oui tout, c’était très clair.

Un temps.
Eschyle semble concentré.

ESCHYLE – bondissant
Je sais ! Ca y est !

PARMELINE – surprise
Plait-il ?

CARTANEGE – surpris
Quoi donc ?

ESCHYLE – victorieux
Je suis parvenu à attraper l’essence première de mon idée !

CARTANEGE – admiratif
Oh !

PARMELINE –
Cette idée nous concerne ?

ESCHYLE – enthousiaste
Oui, oui, complètement !

PARMELINE – insistante, lourde de reproches

Vous en êtes sûr ? parce que tout à l’heure vous nous avez fait perdre un temps précieux et je vous rappelle que je suis pressée…

CARTANEGE – gêné
C’était moi, madame, pas lui.

ESCHYLE –
Exact ! Merci de votre franchise, monsieur.

PARMELINE – légère
Oh, oui (à Eschyle) Pardonnez-moi, je suis idiote. (elle rit niaisement)

ESCHYLE – se levant
Bon, alors, Cartanège, prenez le coffret. Vous, madame Parméline, venez avec moi.

Cartanège prend le coffret,
Eschyle et Parméline sortent coté jardin.
Ils maintiennent la porte ouverte.

ESCHYLE – de dehors
Allez-y Cartanège, essayez de sortir !

Cartanège se dirige prudemment vers la porte.

PARMELINE – de dehors
Non, attendez !

CARTANEGE – s’immobilisant, inquiet
Qu’y a t il ?

PARMELINE – revenant sur la scène
Pourquoi ce serait à Cartanège de sortir de cette pièce avec le coffret ?

ESCHYLE – revenant également
Et bien, comme cela, après tout c’est lui qui porte le mieux les habits de femmes, non ?

PARMELINE –
Ah ! Oui, c’est vrai, j’avais oublié.

ESCHYLE –
Enfin, je vous rassure, ce n’est qu’un essai. Je suis moi-même perdant pour l’heure vu que je porte ses habits à lui…

PARMELINE – révoltée
C’est tout à fait injuste !

ESCHYLE – sombre
Oui, c’est ce que je voulais vous faire entendre tout à l’heure mais vous étiez contre moi, madame…

PARMELINE – confuse
Ah, j’en suis désolée…

ESCHYLE – résigné
Cela n’a plus d’importance, maintenant. Bon, ce n’est qu’un essai là. S’il parvient à sortir avec le coffret, on le récupère à l’extérieur et on se départage ensuite pour de bon.

CARTANEGE –
Oui, d’accord. L’essentiel est de sortir de cette pièce avec le coffret. Moi ça me va.


ESCHYLE –
Vous êtes d’accord, Parméline ?

PARMELINE –
C’est entendu.

ESCHYLE –
Bien, ressortons alors.

Eschyle et Parméline ressortent.
La porte est ouverte.

ESCHYLE – de dehors
C’est bon, nous tenons la porte, vous pouvez sortir Cartanège !

CARTANEGE –
J’y vais !

Cartanège se dirige à pas lents vers la porte, celle-ci se referme violemment à quelques centimètres de son visage. On entend des bruits de chute venant de derrière la porte.

CARTANEGE – furieux
Hé ho ! doucement là, vous avez failli m’exploser le nez !

Un temps, Cartanège reste planté devant la porte.
Parméline et Eschyle apparaissent par l’autre porte.

ESCHYLE –
Ce n’est pas notre faute, désolé.


PARMELINE –
Oui, la porte s’est refermée d’elle-même…

CARTANEGE – se calmant
Ah, alors ça va…

ESCHYLE – soupirant
Bon, mon idée n’a pas fonctionné.

PARMELINE –
Dommage.

ESCHYLE – dépité
Oui c’est dommage. J’en étais fier de mon idée.

PARMELINE –
Elle aurait pu être concluante.

ESCHYLE –
N’est ce pas ?

CARTANEGE –
Bof, je savais que ça n’allait pas fonctionner, moi…

ESCHYLE –
Défaitiste !

CARTANEGE – hautain
Réaliste, je préfère !

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